Une personne écrit une lettre qui déroule jusqu’au sol, près d’un classeur au tiroir vide : l’IA rédige, sans mémoire

Demande de subvention avec l’IA : nous avons testé Claude

Nous avons confié à Claude une demande de subvention, une recherche de financeurs et un reçu fiscal. Ce que l’IA fait bien, et ce qu’elle rate encore.

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Coulisses

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Oui, une IA peut rédiger une demande de subvention solide, à condition de vérifier ce qu’elle lit. Nous avons confié à Claude, l’assistant d’Anthropic, le travail de collecte d’une association d’aide aux devoirs : trouver des financeurs, écrire la demande de subvention, remercier une donatrice avec son reçu fiscal. En 22 minutes de travail, il a posé douze questions, n’a inventé aucun chiffre et a repéré trois incohérences dans le dossier.

Mais il s’est fié à un règlement périmé, et il ne se souvient de rien de l’association d’une fois sur l’autre. Voici comment nous avons mené le test, ce que Claude fait bien à chaque étape, et ce qu’il faut encore lui ajouter pour une association française.

Schéma : le test des compétences de collecte de Claude, ses trois tâches, ce qui marche et ce qui coince

Comment nous avons testé Claude sur la collecte

Le 26 octobre 2026, Anthropic a ajouté à Claude for Nonprofits, son offre pour les associations, une extension de compétences pour la collecte et les subventions, comprise dans l’abonnement (nous avons détaillé son prix et ses conditions). Trois de ces compétences couvrent la collecte : la recherche de financeurs, la rédaction des demandes, et la relation avec les donateurs et les financeurs.

Le 3 novembre, nous les avons jouées l’une après l’autre, comme une coordinatrice qui découvre l’outil : un message court, en français, puis des réponses à ses questions. Chaque étape a tourné dans une session séparée, qui ne voyait que le dossier de l’association et le web. Puis nous avons vérifié chaque affirmation sur les sites des financeurs et de l’administration.

L’association, Devoirs Partagés, est fictive mais réaliste : une association loi 1901 d’intérêt général, dans le quartier Mermoz à Lyon 8e, avec 118 enfants du CP à la 3e, deux salariées, 42 bénévoles et 178 400 € de budget. Elle veut ouvrir un second lieu à la rentrée 2027 pour 40 enfants en liste d’attente, et doit trouver 25 000 € auprès de mécènes. Une donatrice fidèle vient de doubler son don.

Trouver des financeurs : une liste vérifiable, un règlement périmé

Notre message tenait en une ligne : « Qui pourrait nous financer ? Tout est dans nos documents. » Avant de chercher, Claude a posé trois questions : qui finance déjà l’association, jusqu’où chercher, et si du matériel donné pouvait remplacer une partie de l’argent. Puis, en 8 minutes et 22 recherches, il a rendu une liste classée :

  • trois nouvelles pistes chez des mécènes d’entreprise présents dans le Rhône, chacune avec ses conditions et ce qu’elle accepte de payer ;

  • une alerte : un des financeurs actuels recentre son action sur l’emploi des 11-30 ans pour 2026-2030, comme il l’a lui-même annoncé en juillet et en octobre 2026 ;

  • des pistes écartées avec leur raison chiffrée, par exemple un appel à projets réservé aux structures d’au moins 200 000 € de budget ;

  • un plan pour arriver à 25 000 € et un calendrier jusqu’à l’ouverture.

Sur six affirmations vérifiées, quatre sont exactes. Une est périmée : pour l’un des mécènes, Claude s’est appuyé sur un règlement de 2022, qui finançait loyers et salaires lors d’un lancement. Les critères actuels réservent l’aide à l’investissement et excluent les charges récurrentes. Le plan comptait sur ce mécène pour le local et le fonctionnement : cette ligne ne tient plus. Claude a aussi manqué des pistes chez un des financeurs actuels.

Ce qu’il n’a pas pu vérifier, il l’a dit : le calendrier de dépôt 2027 d’un financeur, qui n’est pas encore publié, et le statut du quartier visé, qui est bien un quartier prioritaire.

Rédiger la demande de subvention : rien d’inventé, trois incohérences relevées

Deuxième message, adressé à l’un des mécènes trouvés : « Tu peux rédiger notre demande pour le poste de coordinatrice ? » Claude a d’abord dit ce qui manquait : le montant, les questions du formulaire, les résultats visés, les missions du poste. Il ne voulait pas engager l’association sur des objectifs qu’elle n’avait pas fixés. Une fois les réponses données, il a rédigé en deux minutes une demande de 1 280 mots, dans l’ordre des rubriques du guide du financeur, avec le budget, le calendrier et la liste des pièces à joindre.

Aucun chiffre n’est inventé : chacun vient des documents de l’association. Surtout, Claude a relevé trois incohérences que nous avions laissées sans le vouloir en écrivant le dossier :

  • un rapport d’activité approuvé en juin qui cite des chiffres de septembre ;

  • une liste d’attente donnée à deux dates différentes ;

  • une coordinatrice censée recruter les bénévoles au printemps, alors que son salaire ne commence qu’en septembre.

Il a aussi remarqué que le financeur demande le bénévolat valorisé en euros, ce que l’association ne calcule pas. Un comité de sélection aurait vu ces failles.

Remercier une donatrice et préparer son reçu fiscal

Troisième message : « Peux-tu préparer le courrier de remerciement pour Mme Martin, avec son reçu fiscal ? » Claude a demandé cinq informations, dont l’adresse de la donatrice, le numéro du reçu et l’usage de son don. En une minute, il a rendu une lettre et un reçu prêts à imprimer.

La lettre remarque que la donatrice a doublé son don et répond à sa question, à quoi sert-il, sans inventer d’usage. Le reçu reprend les rubriques du modèle officiel, le Cerfa 11580, et applique la bonne règle : une réduction d’impôt de 66 % du don, dans la limite de 20 % du revenu imposable, comme l’indique service-public.fr. Il n’applique pas le taux de 75 %, réservé aux dons à des organismes qui fournissent repas, soins ou logement aux personnes en difficulté.

Un point reste à faire confirmer par un expert-comptable : la forme du don est notée « don manuel », alors que le modèle propose quatre cases — acte authentique, acte sous seing privé, déclaration de don manuel, autres — et qu’aucune ne porte cet intitulé exact.

Ce que l’IA fait bien : demander avant d’écrire

Les trois compétences ont le même réflexe : demander avant d’écrire, ne rien inventer, dire d’où vient chaque fait, et ne jamais envoyer ni déposer à la place de l’association. Au total, douze questions, toutes utiles.

Elles connaissent les règles du reçu fiscal, lisent les règlements des financeurs français et repèrent les incohérences d’un dossier. C’est l’inverse de l’idée répandue d’une IA qui écrit vite en comblant les trous : ici, les trous sont signalés, pas comblés.

Claude rédige très bien une demande de subvention ; il ne tient ni le fichier de vos donateurs, ni le calendrier de vos dépôts.

Ce qui manque encore pour une association française

  • Des sources datées. Claude lit ce qu’il trouve, pas forcément la version en vigueur : un règlement de 2022 a suffi à fausser une partie du plan de financement.

  • La mémoire de l’association. Adresses, numéro du prochain reçu, financeurs actuels : tout a dû être redonné à la main. Rien n’est noté dans un fichier des donateurs, et aucun registre ne tient la numérotation des reçus.

  • Le suivi dans le temps. Rien ne surveillera la publication d’un calendrier de dépôt, ni ne rappellera la déclaration annuelle des reçus émis, due à l’administration fiscale dans les trois mois qui suivent la clôture de l’exercice.

  • Les bons connecteurs. Ceux de l’extension visent des outils américains ; rien ne relie Claude à la plateforme de dons, au logiciel de gestion des donateurs ou à la banque d’une association française.

C’est ce que doit ajouter l’agent de collecte que nous construisons sur cette base. La rédaction, elle, est déjà là : inutile de la refaire.

Les limites de notre test

Une seule association, fictive, et un seul essai par compétence. Le test a tourné dans Claude Code, l’outil d’Anthropic pour travailler sur des fichiers, et non dans l’abonnement d’équipe sur le web : les compétences sont les mêmes, l’environnement non. Six affirmations ont été vérifiées, pas toutes. Le rapprochement des dons et les relances d’adhésion n’ont pas été testés, faute de connexion aux outils d’une vraie association.

Ce que nous en retenons

Une IA fait déjà, et prudemment, une bonne partie de l’écriture de la collecte : chercher, rédiger, remercier. Ce qui lui manque, c’est ce qu’une association sait d’elle-même et de ses financeurs, tenu à jour dans le temps : son fichier des donateurs, ses reçus, ses échéances, les règlements en vigueur. Et quand chaque association peut écrire ainsi un dossier impeccable, le dossier lui-même cesse de départager les candidats.

C’est précisément ce que couvrent nos offres. Si vous voulez que Claude travaille sur vos vrais dossiers de collecte, avec des règlements à jour, écrivez-nous.

Sources

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